Comme prévu, mon entretien s'est mal passé. Je ne comprends pas cet exercice.
D'abord, parce qu'il ne m'a jamais été présenté que de façon abstraite. "Il faut faire ça", "il ne faut jamais dire ça". Soit. Mais, comme dit ma colleuse, je me crois handicapée de naissance au niveau de la communication, et si on m'apprend pas, je vais continuer de le croire. Que ce soit pour le crochet, pour la cuisine ou n'importe quoi, et donc aussi pour les entretiens, j'ai besoin d'exemples. De photos, de vidéos, de son. Quelque chose dont je peux m'inspirer, voire carrément copier (après tout, c'est comme ça qu'on apprend la plupart des choses). Sauf que les entretiens ne sont pas publics. Aucun moyen de voir ce qu'est un entretien réussi. Alors j'y réfléchis comme je peux, et je me plante, car je n'ai pas une bonne idée de ce que ce doit être.
Par ailleurs, cet exercice ne me plaît absolument pas. Il me dégoûte même. Je le trouve hypocrite à souhait. Commençons par la forme. La tenue de rigueur est le costard pour les messieurs, le tailleurs pour les demoiselles. Pourtant, j'ai bien regardé ma classe, et les jeans y sont bien plus légion que les cravates ou les épaulettes! Comment dans ces conditions évaluer notre personnalité? Je ne parle même pas du dialogue complètement artificiel alors que le candidat est stressé, en position d'infériorité… Passons au fond: les thèmes récurrents des entretiens sont somme toute assez banals: études, projet professionnel, loisirs, sports, actualité… Sauf que! La plupart d'entre nous n'ont aucune idée de ce qu'ils souhaitent faire. Et ceux qui en ont une bien précise ont tout le temps de changer une fois en école. D'ailleurs, personnellement, je ne saurais même pas expliquer ce qu'est le marketing ou la finance. Alors tu parles si j'ai un projet professionnel… Certes dans mes rêves, je travaille dans l'environnement. Mais, soyons honnêtes, l'environnement, l'écologie, le développement durable, dans le monde du commerce, c'est plus un argument dans le vent (dans les deux sens), qu'un véritable engagement pour la planète. Les publicitaires vous vantent les bienfaits de tel ou tel produit pour l'environnement, mais omettent de vous préciser que sa production a un coût en pollution deux fois plus élevé que les gains. Mais il y a encore plus intéressant : les loisirs, le sport, l'actualité. Prenez l'élève de prépa lambda. Il a environ 28h de cours par semaine, 2h de colle, et avec un peu de chance 2h de transport chaque jour. Ajoutez à cela des devoirs et des révisions. Gardons à l'esprit aussi que l'élève de prépa est un être humain, pas un robot, donc il mange, boit, fait son ménage, ses courses et dort. Malgré tout cela, il devrait faire du sport à un niveau départemental, avoir un réseau social ultra développé, lire des journaux tous les jours, être engagé dans une assoc ou un parti politique. Mais bien sûr ma p'tite dame. Résultat, notre élève lambda revend au jury un sport qu'il pratiquait il y a trois ans (alors qu'il a la bedaine à force de ne même plus monter les escaliers), a les mêmes loisirs que tout le monde : "j'aime lire" (et là notre élève resort le dernier livre qu'il a du avaler pour son cours de philo), "voyager" (oui, il est parti en Tunisie, il omet juste de dire qu'il avait alors 3ans, qu'il était avec papa-maman, parce que maintenant notre élève est fauché, et le seul voyage qu'il fait c'est quand il va chez Tang Frères acheter des soupes à moins d'un euro pour changer du jambon-pates). Remercions aussi les colles de langues qui nous permettent de nous tenir un minimum au courant de l'actualité (parce que monsieur Pernaut est bien gentil, mais mémère qui cultive ses géraniums sur son balcon, c'est pas de l'information ça) et les résumés de l'actualité de l'année réalisés par le Monde ou Courrier International.
Bon, d'accord, je suis un poil caricaturale. Mais c'est parce que j'en ai gros sur la patate. Je ne comprends pas comment, après deux ans de sacrifices sur tous les plans, on ose encore nous demander de prouver notre motivation à intégrer. Parce que, mine de rien, pendant ces deux ans, j'ai arrêté:
1) de lire
2) d'écrire
3) de manger équilibré
4) de dormir tout ce qu'il fallait et de faire des grasses mat'
5) de voir mes amis
6) de voir ma famille
7) de rendre mon chéri heureux
8) de sourire vraiment
9) de prendre soin de moi
10) de jouer
11) de sortir le soir
12) de ne plus stresser
13) d'aller au cinéma
14) d'être curieuse de tout
15) de partir en vacances
16) de faire de la photo…
Liste non exhaustive.
Alors zut quoi (admirez la retenue).
[J'espère qu'il n'y aura pas d'incohérence dans cet article, j'ai du réécrire la moitié après un plantage, je n'ai pas le courage de tout relire, ni d'ailleurs d'écrire le deuxième article que j'avais prévu.]